La logique applicable aux pédicures-podologues est passée d'une « interdiction de publicité » à une libre communication encadrée depuis le décret n° 2020-1659 (article R4322-39-1 CSP) : vous pouvez informer le public et les prescripteurs, à condition de rester loyal, factuel, non comparatif, sans promesse de résultat ni atteinte à la dignité de la profession. L'article R4322-39 CSP rappelle que la profession ne se pratique pas comme un commerce.
Avant toute action visible (fiche Google, site, réseaux, plaquette pour un médecin), l'enjeu n'est pas seulement « être trouvé » : c'est rester du bon côté de la ligne ordinale. HelpE n'accompagne que des actions compatibles avec ce cadre ; cet article vous donne les repères pour décider vous-même, en complément du guide déontologie téléchargeable, de l'article développer sa patientèle de podologue et de la page podologue HelpE.
Publicité ou information : la frontière pour les pédicures-podologues
La profession est régie par l'Ordre National des Pédicures-Podologues (ONPP) et par les articles R4322-32 à R4322-103 du Code de la santé publique, qui constituent le code de déontologie. Le décret n° 2020-1659 du 22 décembre 2020 a substitué l'interdiction générale de publicité par un principe de libre communication posé à l'article R4322-39-1 CSP : le pédicure-podologue peut informer le public, par tout moyen y compris un site internet, sur ses compétences, son parcours et les conditions de son exercice, pour contribuer au libre choix du patient. Cette communication doit être loyale et honnête, sans témoignages de tiers, sans comparaisons avec d'autres pédicures-podologues ou établissements, sans incitation à un recours inutile à des actes de prévention ou de soins, sans atteinte à la dignité de la profession ni induction en erreur. L'article R4322-39 CSP rappelle que « la profession ne doit pas être pratiquée comme un commerce ». En cas de doute sur une formulation, vérifiez la rédaction en vigueur sur Légifrance ou auprès de l'ONPP. Ce guide ne remplace pas un avis personnalisé de votre Conseil régional de l'Ordre.
Concrètement, la frontière se joue sur l'intention et la forme :
- Communication informative autorisée : permettre au public et aux prescripteurs de connaître votre identité, vos titres, vos domaines de prise en charge, les conditions d'exercice et les modalités d'accès au cabinet, sans chercher à « vendre » par des artifices commerciaux.
- Publicité interdite : promesses de guérison, comparaisons déloyales, promotions agressives, témoignages mis en scène à visée commerciale, allégations thérapeutiques sur des pathologies graves, démarchage de patientèle.
Beaucoup de pédicures-podologues oscillent entre deux extrêmes : renoncer à toute visibilité par prudence, ou publier des contenus proches de la vitrine commerciale sans le savoir (avant/après pied, « guéri en 3 séances », « meilleur podo de… »). Les premiers restent invisibles ; les seconds s'exposent à des signalements à l'Ordre, des plaintes patients ou des contentieux consommateurs.
L'ONPP et les syndicats professionnels (FNP, UFSP, UNPLIB et autres) publient des recommandations déontologiques de référence. Adhérer à un syndicat ne remplace pas le code de déontologie, mais fournit des repères utiles en cas de doute sur une formulation.
Ce que dit le code de déontologie ONPP
Sans entrer dans le détail article par article, retenez quatre interdictions transverses qui reviennent dans les décisions ordinales et les recommandations de l'ONPP :
- Pas d'allégations de guérison ou de résultats garantis : « je guéris », « soulagement assuré », résultats chiffrés à visée promotionnelle.
- Pas de comparaison déloyale : se présenter comme « meilleur » qu'un confrère, dénigrer une autre profession (kiné, médecine, ostéo, orthopédiste…).
- Pas de publicité mensongère : titres, diplômes, techniques ou spécialisations que vous ne détenez pas ; usage du titre « Dr » sans doctorat en médecine ; mention de spécialités non reconnues.
- Pas de démarchage agressif : appels non sollicités, e-mails massifs à des patients potentiels, rétro-commissions aux prescripteurs, cadeaux à visée commerciale.
En cas de doute sur une formulation précise, consultez votre Conseil régional de l'Ordre, un conseil juridique ou votre syndicat. Cet article et nos guides sont des aides à la décision, pas un avis juridique personnalisé.
Ce que vous pouvez faire (dans le cadre habituel)
La liste ci-dessous correspond aux pratiques généralement admises pour un exercice libéral conforme, sous réserve d'une rédaction factuelle et sobre.
Site internet et fiche Google
Vous pouvez avoir un site vitrine complet : présentation du cabinet, domaines de prise en charge (soins de pédicurie, orthèses plantaires, suivi diabète, podologie du sport, pédiatrie, posturologie), horaires, accès, coordonnées, numéro RPPS et ADELI, Diplôme d'État de Pédicure-Podologue (DEPP). Les tarifs peuvent être affichés comme information pratique (« consultation 35 € », « paire d'orthèses sur ordonnance ») sans les transformer en argument commercial (« -20 % ce mois-ci », « forfait découverte »).
La fiche Google Business Profile complète est autorisée : catégorie Pédicure-podologue, description factuelle, photos du cabinet sans patients, lien de prise de rendez-vous. Voir l'article fiche Google My Business pour podologue et le guide GMB.
Les profils Doctolib, Maiia et autres plateformes de prise de rendez-vous, ainsi que les annuaires professionnels (ONPP, PagesJaunes), relèvent du même principe : information et accessibilité.
Réseaux sociaux et contenu éducatif
Articles de blog, posts LinkedIn ou Instagram, vidéos courtes sur le chaussant sportif, la prévention du pied diabétique, les motifs courants de consultation sont admissibles lorsqu'ils éduquent plutôt qu'ils ne promettent un résultat thérapeutique.
Sujets typiques autorisés : choix de chaussures de course, prévention des ampoules en randonnée, ongles incarnés chez l'adolescent, surveillance du pied chez la personne diabétique, chaussant en fin de grossesse, différences informationnelles podologue / kiné / ostéo (sans dénigrer), formulés au présent, sans avant/après promotionnel ni patient identifiable sans consentement écrit.
Précisez que le contenu ne remplace pas une consultation individuelle. Le guide stratégie de contenu HelpE propose un calendrier éditorial aligné sur ces règles.
Avis patients, newsletters et annonces neutres
Les avis Google peuvent être sollicités de manière neutre (« Si vous le souhaitez, vous pouvez partager votre expérience sur Google »), sans incitation financière, sans filtrage des avis négatifs, avec respect du consentement et du secret professionnel. Évitez une page « mur d'avis » trié sur votre site, et toute relance qui ressemblerait à un démarchage.
La newsletter à une patientèle existante est possible avec base légale RGPD : horaires, fermetures, rappels de prévention (saisonniers), pas de promotions.
Vous pouvez annoncer une ouverture de cabinet ou un changement d'adresse de façon factuelle (post, communiqué local, courrier aux prescripteurs).
Les événements de prévention (atelier prévention chute en EHPAD, conférence pied diabétique avec un médecin) sont en général compatibles s'ils restent éducatifs et non commercialisés comme une « opération marketing ».
Un post, une plaquette ou une page de site vous semble limite ? En diagnostic gratuit, nous pouvons les passer en revue ensemble.
Réserver le diagnostic gratuitLes zones grises les plus fréquentes
Ces questions reviennent systématiquement en diagnostic HelpE :
« Puis-je communiquer sur le forfait diabète ? »
Vous pouvez informer patients et prescripteurs que le cabinet réalise le suivi gradé 2-3 du pied diabétique pris en charge sur prescription, en restant factuel (« cabinet réalisant le suivi podologique du pied diabétique »). Vous ne pouvez pas en faire un argument commercial (« profitez du forfait diabète », « 100 % remboursé »).
« Puis-je parler de soulagement, de confort ou de bien-être ? »
Oui, en restant descriptif et général : « prise en charge des troubles du chaussant », « accompagnement de la marche douloureuse ». Non si vous liez votre intervention à un résultat garanti (« plus aucune douleur en 3 séances »).
« Puis-je mentionner les consultations à domicile ? »
Oui, si vous les proposez réellement : information pratique utile pour la patientèle senior et les prescripteurs (IDEL, EHPAD). Restez factuel (zone couverte, modalités de prise de rendez-vous) sans présenter le domicile comme un « service premium » à visée commerciale.
« Puis-je montrer des soins ou des orthèses en vidéo ? »
Oui, sur des contenus généralistes ou avec un modèle consentant (vos pieds, une démo sur un mannequin podologique), sans promesse thérapeutique et sans identifier un patient en consultation réelle sans accord écrit.
« Puis-je cibler une spécialisation (sport, diabète, pédiatrie) ? »
Oui, si vous avez la formation et l'expérience correspondantes. La mention « spécialisé en… » doit refléter votre pratique réelle et les diplômes universitaires (DU) ou formations attestées que vous détenez, pas un argument marketing sans fondement.
« Puis-je faire de la pub Google ou Meta ? »
L'interdiction de publicité au sens de la déontologie ONPP rend cette voie particulièrement exposée. Toute campagne payante devrait respecter strictement les mêmes limites que votre communication organique (pas d'allégation thérapeutique, pas de superlatif, pas de comparaison déloyale dans les annonces et les pages d'atterrissage). Les coûts par contact restent par ailleurs souvent élevés pour un cabinet local. À arbitrer au cas par cas, idéalement après validation par l'ONPP, une fois les leviers organiques en place (fiche Google, avis, contenu, réseau).
« Puis-je republier un avis patient sur Instagram ? »
Déconseillé sans consentement explicite et sans risque d'identification. Même anonymisé, un témoignage peut être considéré comme une publicité à visée commerciale s'il met en avant des résultats cliniques.
Ce qui expose le plus (signalements ordinaux, plaintes, contentieux)
- Promesses de résultats : « guéri en 3 séances », « soulagement garanti », avant/après spectaculaires avec mention du cabinet.
- Comparaisons et superlatifs : « le meilleur podo de… », « plus efficace que… », dénigrement d'autres professions.
- Promotions et incitations : réduction pour avis Google, offre découverte, parrainage rémunéré, cadeaux aux prescripteurs.
- Démarchage : prospection téléphonique de patients, e-mails non sollicités, démarche commerciale agressive auprès des médecins.
- Témoignages et images : photos de pieds de patients sans accord, citations de résultats cliniques sur le site, « cas avant/après ».
- Informations fausses : titres ou diplômes inexacts, usage du titre « Docteur » sans fondement, spécialités revendiquées sans formation.
- Allégations thérapeutiques non fondées : claims sur des pathologies nécessitant un avis médical, discours anti-médecine, promesses sur le diabète sans rappel du parcours coordonné.
Le réseau de prescripteurs relève d'un autre registre : relation professionnelle, pas démarchage commercial. Le guide réseau de prescripteurs détaille les bonnes pratiques.
Le test en 5 questions avant de publier
Avant chaque publication (post, page site, story, plaquette), posez-vous :
- Ce contenu informe-t-il ou cherche-t-il à convaincre d'acheter une séance ou une paire d'orthèses ?
- Les faits (titres, techniques, domaines) sont-ils exacts et vérifiables ?
- Y a-t-il une comparaison avec un confrère, une autre profession ou une promesse de résultat ?
- Le patient ou son image est-il identifiable sans consentement adapté ?
- Le ton est-il sobre (pas de slogan publicitaire, pas d'urgence artificielle « dernières places ») ?
Si les questions 3 à 5 soulèvent un doute, reformulez ou supprimez avant publication.
Formulations types autorisées
Bio courte (site ou Google) : « Cabinet de pédicurie-podologie à Lyon 3. Soins de pédicurie, orthèses plantaires, suivi du pied diabétique (forfait gradé 2-3 sur prescription), podologie du sport. Diplômé d'État de Pédicure-Podologue (DEPP), formation complémentaire en podologie du sport. Accès PMR, parking à proximité. »
Post éducatif : « Reprise de la course à pied : pensez à renouveler vos chaussures tous les 800 à 1 000 km et à varier les surfaces. En cas de douleur persistante au pied ou à la cheville, une consultation permet d'évaluer votre chaussant et votre statique. Horaires et RDV sur notre fiche Google. »
Invitation avis (neutre) : « Si vous le souhaitez, vous pouvez laisser un avis sur notre fiche Google pour aider les patients à nous trouver. » Sans incitation financière ni sélection.
Ce qu'il faut éviter : « Guérison garantie du pied diabétique », « -30 % sur votre première paire d'orthèses », « Le podo n°1 à Marseille », « Évitez l'opération grâce à nos semelles ».
Par où commencer pour communiquer sereinement
- Lire le chapitre podologue du guide déontologie HelpE (15 à 20 min), et au besoin la version officielle du code de déontologie sur le site de l'ONPP.
- Auditer ce qui existe déjà : site, Google, réseaux. Lister ce qui dépasse le cadre.
- Corriger en priorité la fiche Google et le site (NAP, description, photos) avec l'article fiche Google podologue ou le guide GMB.
- Planifier un contenu éducatif par mois plutôt qu'une campagne « vitrine résultats ».
- Structurer le réseau de prescripteurs en parallèle : développer sa patientèle de podologue.
Semaine 1 : audit communication en 30 minutes
- Ouvrir site + Google + un réseau social en navigation privée : que voit un inconnu (et que verrait un confrère podologue) ?
- Noter 3 formulations qui vous semblent limite.
- Les reformuler avec le test en 5 questions ci-dessus, ou les supprimer.
La communication conforme n'est pas un frein à la visibilité : c'est ce qui permet de construire une réputation durable, lisible par les patients et les prescripteurs. Le code de déontologie ONPP n'interdit pas d'exister sur Google et sur les réseaux : il interdit d'y exister comme un commerce.
Questions fréquentes
Un pédicure-podologue est-il plus contraint qu'un ostéopathe ?
Oui, sur le plan ordinal : l'ONPP impose un code de déontologie là où l'ostéopathie relève du droit commun. En pratique, la frontière information / promotion est la même dans les deux cas, et les bons réflexes sont identiques. Voir aussi communication ostéopathe et cadre légal pour comparer.
Le forfait diabète peut-il figurer sur mon site ou ma fiche Google ?
Oui, en information factuelle (« cabinet réalisant le suivi podologique du pied diabétique pris en charge sur prescription, patients gradés 2-3 »). Non, comme argument commercial (« profitez du forfait diabète », « 100 % remboursé »).
Qui contacter en cas de doute ?
Votre Conseil régional de l'Ordre des Pédicures-Podologues, votre syndicat professionnel, un avocat spécialisé ou le conseil juridique de votre assurance responsabilité civile professionnelle.
Les avis Google sont-ils autorisés ?
Oui, avec prudence : demande neutre, pas d'incitation financière, pas de sélection, respect du secret professionnel.
Puis-je mentionner mes tarifs sur les réseaux ?
Oui, en information factuelle. Non, comme argument promotionnel ou en combinaison avec une offre commerciale.
Puis-je lancer des campagnes Google Ads ou Meta ?
En théorie, seulement si chaque annonce et page d'atterrissage respecte le code de déontologie ONPP (pas d'allégation thérapeutique, pas de superlatif, pas de comparaison déloyale, pas de publicité au sens ordinal). En pratique, le coût par contact est souvent élevé pour un cabinet local ; la priorité reste en général les leviers organiques. À arbitrer au cas par cas, idéalement après validation par l'ONPP.
Rappel : cet article ne remplace pas un avis juridique. En cas de projet sensible (publicité payante, partenariat média, campagne d'avis à grande échelle), faites valider vos supports par un conseil adapté et, si besoin, par votre Conseil régional de l'Ordre.